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Les illustres

Appolinaire EMERY

Joseph-Augustin-Appolinaire Emery est né le 25 janvier 1786, chirurgien-major, chevalier de la légion d’honneur, médecin de Napoléon à l’ile d’Elbe ainsi que pendant les cent jours, il est décédé au Grand-Lemps le 4 octobre 1821.

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Fils d’Etienne Emery et de dame Agathe Pison Lacourbassière, Appolinaire est né au Grand-Lemps  le 24 janvier 1786. Comme il l’écrira lui-même il appartenait à une famille de treize enfants vivants, dont deux consanguins, deux utérins et neuf du même lit.

Arrière-petit-fils d’Anne et Claude EMERY, il est le petit-fils d’Augustin, surgeon de profession (ha, ha, je vous pose une colle ici hein ?? le surgeon est un chirurgien)

Joseph Augustin Appolinaire est le 4ème des 9 enfants, il sera connu sous son 3ème prénom, Appolinaire EMERY.

 … Pour la petite histoire, deux des frères de Joseph Augustin Appolinaire seront, l’un Directeur des Contributions, et l’autre Directeur des Contributions indirectes ….

Les siens étaient tous médecins : son père à Grenoble, son oncle paternel, Emery Toimeau, au Grand-Lemps, un autre, Claude, non loin de là à Beaurepaire (Isère). Il était donc naturel qu’il embrassât lui aussi cette profession couplée à une carrière militaire.

Nous ignorons où il fit ses études mais nous le retrouvons en 1805 comme sous-aide major de la Grande Armée. Suivant les campagnes de l’Empire, il est aide-major en 1808 au 2ème bataillon du 93ème de ligne et est envoyé au Danemark. En 1809, il est à l’armée d’Allemagne puis à l’armée d’observation en Hollande. En 1810, il est à Essling où dans la nuit du 22 au 23 mai, il fit une chute grave se fracturant la clavicule gauche. Cette blessure mal guérie lui causa jusqu’à la fin de ses jours une gêne dans le mouvement du bras.

Le 18 mai 1811, il passe au 4ème dragon et le 18 juin de la même année, il entre dans la garde Impériale en qualité de chirurgien de 2ème classe au 2ème Régiment de Chasseurs à pied de la Garde. Par décret signé à Dresde, le 17 mai 1813, il reçoit la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur.

Alors que l’étoile de l’Aigle pâlit, Emery lui reste fidèle. L’Empereur demande à Emery de l’accompagner à l’île d’Elbe comme chirurgien de sa Garde. Il débarque à Porteferraie le 28 mai. (Emery est noté dans l’Etat des Officiers qui ont suivi Napoléon pour une gratification de 4000frs). Il devient l’homme de confiance de l’Empereur et il va être chargé de préparer le retour …

Il est envoyé en permission dans sa famille qui habitait alors Grenoble. Il prend ainsi contact avec des personnalités importantes de la capitale Dauphinoise. Il se rend compte que le Dauphiné reste en grande majorité rattaché aux principes de la Révolution et fidèle à Bonaparte donc en conséquence hostile aux Bourbons. D’autre part, pendant son voyage Nice – Grenoble et retour, il  a pu recueillir des renseignements très précis sur les dispositions des populations des Alpes et de la Provence (un médecin n’inspirait pas la méfiance qu’aurait suscité un officier !) si bien qu’à son retour à l’Ile d’Elbe, il a pu donner à l’Empereur tous les documents permettant d’établir l’itinéraire le plus favorable.

On peut dire sans aucune exagération qu’Emery a été le grand artisan du retour de l’Empereur !

Le 3 mars 1815, il reçut à Castellane un des passeports en blanc que Napoléon avait exigés du maire de cette ville et il partit en avant, comme s’il avait un congé et rentrait dans sa famille. Sur son chemin, il rencontra le général Mouton-Duvernet et lui assura que la garnison d’Antibes et que Masséna même s’étaient déclarés pour l’Empereur. Mouton écrivit au général Marchand qu’Emery allait à Grenoble et qu’il fallait l’arrêter.  Mais Emery se réfugia chez son ami Dumoulin, un riche gantier, Place aux Herbes et ensemble ils vont commencer à préparer l’arrivée de l’empereur. Il annonça l’arrivée de Napoléon et distribua ses proclamations.

On sait que ce retour fut triomphal…

Le 10 avril 1815, Napoléon a réorganisé le service médical de sa maison, Emery est inscrit comme faisant partie de la Chambre de l’Empereur en tant que Chirurgien par quartier adjoint aux subsistances et recevait le même émolument que les 4 chirurgiens en titre.

A Waterloo, Emery se retrouve au centre de la bataille et s’en tire sans aucune blessure. La Grande Armée se replie.

Le nouveau gouvernement ne reconnait aucune promotion ni décoration intervenu pendant la période des 100 jours. Il semble d’ailleurs que la rapidité des faveurs prise par Napoléon à l’égard d’Emery l’ait désigné à la vindicte des Bourbons confirmant que ce médecin avait joué un grand rôle dans le retour de l’Ile D’Elbe.

Ainsi, il est renvoyé le 29 septembre 1815 dans ses foyers sans aucune retraite, ni demi-solde, ni indemnité.

Sans ressources, Emery rentre au pays natal ou il prend la succession de son oncle, médecin au Grand-Lemps qui vient de mourir.

Les tracasseries allaient se multiplier. Une note de la Police Générale au Préfet invite ce dernier à faire surveiller de très près cet indésirable personnage !

Cependant Emery semble vouloir se tenir à l’écart de toute action politique. Le Maire Couturier peut déclarer en toute sincérité qu’il ne donne lieu à aucun scandale et que l’homme est tout à fait tranquille.

Ce n’est pas l’avis de la Police et en particulier du Général Donadieu qui le fait arrêter (sans aucun motif !) le 4 février 1816et le fait transporter à Besançon soit disant pour s’expliquer sur sa conduite en mars 1815. Cette arrestation faillit dégénérer en émeute. Plus de 300 personnes, la plupart d’anciens militaires se ruèrent à la Mairie pour enlever le prisonnier aux gendarmes. Emery, très digne, calma l’agitation. Il va sans dire que la police rendit Emery responsable de cette manifestation …..et la commune fut durement frappée. Une garnison militaire fut envoyée sur place où elle resta 3 semaines. La municipalité fut révoquée et remplacée par une municipalité provisoire ayant à sa tête un fidèle partisan des Bourbons Michallet-Falatieu.

Au lieu de mener directement le prisonnier à Besançon, les gendarmes le conduisirent d’abord à Moirans puis à Rives, Bourgoin et Lyon. Emery dira plus tard « Les gendarmes qu’il m’a fallu payer et nourrir pour m’accompagner jusqu’à Besançon et les voyages qu’il m’a fallu faire m’ont coûté 5000frs ce qui dépasse la légitime que j’ai reçu de mon père ». Drôle de façon de conduire un prisonnier !!

Dès son arrivée à Besançon, il écrivit au Ministère de la Guerre pour s’expliquer :

« Monseigneur, je fais partie en qualité de chirurgien aide-major de la Garde française que Napoléon fut autorisé à emmener avec lui à l’Ile D’Elbe. Je servais depuis environ 10 ans d’abord dans la ligne puis dans la Garde impériale lorsque le chef de l’Etat fit appel à ceux d’entre nous qui voudraient l’accompagner dans son exil. J’acceptais et je suis resté ainsi constamment à son service. Lors de son retour en France, dans le mois de mars 1815, j’exécutai les ordres qu’il me donna. Je n’aurais pas cru devoir y résister parce qu’il avait alors le titre de Souverain et qu’étant attaché à son service militiaire, il ne m’appartenait pas de m’immiscer dans sa politique ….Si l’idée que je me fis alors de mon devoir était fausse, je proteste que mon erreur fut innocente. Depuis j’ai continué de servir dans le éème régiment de Chasseurs de l’ex Garde jusqu’au licenciement de l’Armée par suite duquel j’ai été renvoyé dans mes foyers … Je ne reçois ni demi-solde, ni pension de retraite, ni aucune indemnité du Gouvernement. »

Cette lettre digne et courageuse due porter ses fruits. En effet, le 23 février 1816, Emery, interrogé longuement par le Chef de Bataillon Prétet, rapporteur du Conseil de Guerre, fut remis en liberté mais ce ne fut pas la fin de ses ennuis !!

Extrait de l’interrogatoire du 23 février 1816 :

EMERY.- Je suis passé à l’île d’Elbe comme chirurgien de la Garde de Bonaparte et j’y suis resté jusqu’au 26 février 1815, époque à laquelle je suis partie avec cette même Garde. J’ai débarqué le 1er mars au Golfe-Juan, je me suis mis en route le 2 mars au matin, et je suis arrivé le au matin à Castellane.  A midi du même jour, j’ai quitté la Garde par ordre de Bonaparte, pour venir à Grenoble où était ma famille. Arrivé à Laffrey, le 5 à 9 heures du matin, j’y ai trouvé le général Mouton-Duvernet à qui j’ai dit, sur sa demande, que Bonaparte arriverait ce même jour à Gap.  Le général m’avait reconnu parce qu’il m’avait vu dans la Garde.  Il a d’abord défendu de me donner des chevaux, mais il a ensuite levé cette défense ; il a pris la route de Gap et moi, celle de Grenoble où je suis arrivé le 5 à midi.  A 5 heures du soir du dit jour, j’ai appris dans mon auberge que le général Mouton-Duvernet avait rétrogradé sur Grenoble et qu’il avait invité le général Marchand à me faire arrêter.  Le général Marchand fit faire des recherches de son côté et en fit faire par le préfet.  Mais j’avais été averti à temps par mes amis ; je me cachai jusqu’à l’arrivée de Bonaparte, le 7 mars 1815, au soir.  En conséquence, je n’ai été témoin d’aucun des événements qui se sont passés dans la place jusqu’à ce moment.  Mais j’ai appris que le général Marchand était sorti de Grenoble avec une partie du 11ème régiment, par la porte Saint-Laurent, au moment où Bonaparte entrait dans la place par celle de Bonne, et j’ai été témoin que Bonaparte, dès le soir même et pendant tout le temps qu’il est resté à Grenoble, a envoyé plusieurs personnes au général Marchand pour l’engager à venir le joindre, propositions qui furent constamment rejetées.  Bonaparte a même fait appeler Mme Marchand pour l’engager à faire revenir son mari ; mais le général s’est retiré à  la campagne à quelques lieues de Grenoble. 

PRETET.- Quels ordres vous avait donnés Bonaparte à Castellane, et n’étiez-vous pas chargé de quelque mission pour le général Marchand ? 

EMERY.- Bonaparte m’a dit : « Va t’en à Grenoble, tu diras que j’arrive », et il ne m’a chargé d’aucune mission, ni pour le général Marchand, ni pour aucune personne. 

PRETET.- Est-ce que votre famille a quelques relations avec celle du général Marchand ? 

EMERY.- Non. 

PRETET.- Avez-vous annoncé à Grenoble l’arrivée de Bonaparte, ainsi qu’il vous en avait chargé ? 

EMERY.- La nouvelle était connue avant mon arrivée, et je n’ai vu que quelques anciens camarades qui m’on dit qu’on était à sa poursuite. 

PRETET.- Avez-vous vu à Grenoble, dans la journée du 5 mars 1815, le général Mouton-Duvernet ? 

EMERY.-  Je ne l’ai vu qu’à Laffrey et à Lyon où je suis venu le rejoindre Bonaparte. 

PRETET.- Quelle opinion avaient les personnes que vous avez vues à Grenoble, sur la conduite que pourrait tenir le général Marchand quand Bonaparte se présenterait devant la place ? 

EMERY.- Le général Marchand passait pour un partisan du Roi et on croyait qu’il se défendrait certainement s’il était secondé par les troupes ; en ce moment encore, le général Marchand passe dans son département pour un bon royaliste. 

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911) .

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A noter que le général Marchand (1765-1851) dont il est question plus haut est celui qui essaya de résister à Napoléon dans la place de Grenoble après le débarquement de l’île d’Elbe. Marchand évacua finalement la place le 7 mars 1815. Il sera accusé par le pouvoir royal, lors de la seconde Restauration, d’avoir livré la cité grenobloise à Napoléon. Cet officier sera traduit devant un conseil de guerre à Besançon en juin 1816 puis finalement acquitté. Sur le sieur Emery, personnage fort intéressant, il faut lire le petit ouvrage d’Albert Espitalier et intitulé : « Deux artisans du Retour de l’île d’Elbe. Le chirurgien Emery et le gantier Dumoulin » (Grenoble, B. Arthaud,1934). 

A la suite du complot Didier (Mai 1816), Donadieu essaye une nouvelle fois de perdre Emery. Il écrit, en effet, au Ministère de la Guerre : « Le retour d’Emery au Grand-Lemps a été le triomphe du parti de l’Usurpateur ! »

Le préfet Monlivaut convoque Emery à Grenoble et exige son départ du département. Il va d’abord à Aix en Savoie, revint à Lemps le 9 mai où il trouve un ordre d’éloignement pour aller en surveillance à Lille.

C’en est trop ! Emery se révolte. Ecœuré, malade, il arrive à Lyon le 16 juin et demande à s’arrêter quelques jours. Le Lieutenant de police lui donne l’ordre brutal d’aller à Paris et de se présenter au Ministre.

Il écrit alors à Decaze, Ministre de Louis XVIII. Après avoir rappelé sa position et ses états de service sous l’Empire, il continue : « Devenu simple citoyen, je me sens retenu au Grand-Lemps où je suis né pour y exercer mon métier et aider ma mère par le peu que je puisse gagner …La loi d’amnistie était rendue lorsque dans les premiers jours de février je fus arrêté ….Je suis malade, mes ressources sont totalement épuisées, je ne jouie d’aucun traitement du Gouvernement. Je n’ai d’autres moyens d’exister pour moi et je ne puis donner des secours à ma mère chargée d’enfants qu’en exerçant mon métier dans mon pays. Me dépayser c’est m’ôter mon pain ….J’ose donc espérer de votre justice et de votre humanité que vous voudrez bien m’autoriser à rester dans mes foyers acceptant pour ma caution mon beau-frère Repiton-Préneuf connu pour son attachement à la famille des Bourbons et qui habite le même pays que moi et celle de mon frère, tous deux riches propriétaires qui m’offrent de me cautionner de corps et de biens …et aussi mon oncle maternel Monsieur Bernard Procureur Général à Nîmes …. »

Il faisait intervenir tous ceux qu’il croyait lui être de quelque utilité : sa vieille mère qui réclamait le retour de son fils, son oncle chanoine honoraire de la Cathédrale de Grenoble et curé de St Laurent, le curé, le Maire et le conseil municipal de Le Grand-Lemps… Tous ces efforts conjugués finirent par aboutir. Emery fut enfin autorisé à rentrer au Grand-Lemps avec quelques appréhensions !

Le 29 septembre 1816, Le Ministre de la police invitait le Préfet à le renvoyer chez lui mais il ajoutait : « En lui délivrant son passeport, il sera bon de lui faire sentir l’obligation de tenir désormais une conduite exempte de reproches et je lui recommande surtout d’user de l’influence que peut lui donner sa profession pour prévenir des désordres semblables à ceux dont il a été cause occasionnelle ».

Le 7 octobre 1816, il recevait enfin son passeport et pouvait rentrer chez lui avec l’espoir d’être enfin tranquille.

Par la pensée, il reste fidèle à l’empereur et cette fidélité va lui permettre de se marier. En effet parmi les amis qu’Emery s’était fait dans les moments les plus pénibles de sa vie se trouvait la famille Augustin Blanchet de Rives. Riche fabricant de papier, cette famille avait voué un véritable culte à Napoléon.

On raconte et c’est d’ailleurs Augustin Blanchet lui-même qui le narre que lors du retour de l’Ile d’Elbe, Napoléon s’arrête à Rives le soir du 9 mars 1815 pour une légère collation à l’Hôtel de la Poste. La servante qui servit n’était autre que Mme Blanchet qui n’avait pas trouvé d’autre moyen de contempler l’Empereur !

Cette affinité politique avait rapproché le chirurgien du papetier et  Appolinaire Emery épouse  le 30 septembre 1817, par devant Nicolas Coulomb, adjoint à la mairie de Rives, Victorine-Pauline Blanchet… Le mariage se fit sous le régime dotal, Pauline apportant 27.000 francs….Il a alors 31 ans, Victorine en a 29. Le 27 juillet 1818 naissait une petite fille Agathe, Caroline (décédée à l’âge de 15 ans et inhumée au cimetière St Roch à Grenoble). Le bonheur était enfin revenu mais hélas pas pour longtemps.

Joseph-Augustin-Appolinaire Emery ne connaitra pas longtemps la vie de famille, usé, fatigué, il s’éteindra à 35 ans … le 4 octobre 1821 … Non sans avoir appris la mort de l’Empereur.

Il n’aura pas connaissance du legs de 100 000 francs que Napoléon lui fit dans son testament de Sainte-Hélène !

La répartition des biens laissés par l’Empereur fut faite par le banquier Laffite. Mme Emery s’y fit représenter par Casimir Perrier (futur ministre). Cette répartition fut faite en deux tranches. La 1ère en 1826, Mme Emery touche en qualité de tutrice de sa fille la somme de 55 000 Frs. La deuxième fut en 1854 mais Mme Emery et sa fille étant décédées, la commission du testament estima que les parents collatéraux n’avaient pas droit à la participation au legs, celui-ci devenant caduc.

NB : Les détails sur la vie militaire du Major Emery sont tirés de la Bibliothèque Nationale et publiés en 1934 par Mr Espitalier à la Librairie Arthaud de Grenoble (625 exemplaires). Les autres détails de la vie politique ou privée sont extraits des archives départementales, des archives communales ou d’archives personnelles.

 

Pierre Bonnard

Dans les pas du peintre Pierre Bonnard au Grand Lemps

Architecte, décorateur d’intérieur, illustrateur, sculpteur, peintre… Pierre Bonnard a eu une vie d’artiste complète.

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Si le nom de Bonnard vous évoque une grande charcuterie lyonnaise célèbre pour ses quenelles et ses andouillettes, c’est que vous êtes un gourmet averti. Mais en tant que lempsiquois cela devrait aussi vous évoquer le peintre Pierre Bonnard et son beau-frère le compositeur Claude Terrasse, deux artistes ayant vécu au Grand Lemps.


Quelque chose évoque parfois, « Le Château » de Kafka concernant l’ancienne demeure de la famille Bonnard au Grand Lemps. Le ‘Clos ‘ entouré de ses hauts murs reste mystérieux pour la plupart d’entre nous. Cette imposante maison blottie au coeur du village et son coté jardin secret peut nous faire rêver. Il faut dire que cette maison de maître est depuis longtemps hantée par des personnages haut en couleur.

Une famille d’industriels lempsiquois a acheté la propriété à la famille Terrasse en 1929. Celle-ci était inoccupée. Pierre Bonnard ne venait plus au Grand Lemps depuis 1925. Pourtant lorsqu’il était plus jeune le peintre écrivait en juillet 1888 à sa mère : « ne t’imagine pas que je viens à Lemps pour faire de l’enregistrement. Je vais apporter une cargaison de toiles et de couleurs et je compte barbouiller du matin jusqu’au soir ».

Une usine a été construite dans le parc en 1929, ce parc si souvent représenté dans les tableaux de Pierre Bonnard.
L’usine a été déplacée en 2009.

Les premiers dessins de Pierre Bonnard exécutés au Grand Lemps datent de 1888 et 1889. Ce sont des portraits de famille et des représentations de la maison. En 1890 sa soeur aînée épouse le musicien et compositeur, Claude Terrasse en l’église du Grand Lemps, qui devient le beau-frère et l’ami de Bonnard.

Le « Clos » a accueilli d’illustres personnages, pour la plupart entrés dans l’histoire : Les Nohain, Louis Lumière , Courteline, Alfred Jarry… pour faire court. On a souvent en mémoire les oeuvres réalisées par Bonnard au Grand Lemps, les tableaux représentant sa nièce Renée Terrasse et ses animaux de compagnie, le basset noir Fachol, l’âne Trotty, et aussi les fameux chats.Pour Bonnard la peinture c’était : « beaucoup de petits mensonges pour une grande
vérité ».

 

Ce n’est pas par hasard si le musée de Lodève avait titré en 2009 « Bonnard guetteur sensible du quotidien ». lors de l’exposition consacrée à l’artiste. Le piano, toujours présent ayant appartenu à Claude Terrasse semble encore incarner la présence de Pierre Bonnard, comme si les lieux avaient gardé des remugles d’absinthe et de gouache. Bonnard était un artiste tranquille, qui n’avait aucun intérêt pour le confort bourgeois. Contrairement à d’autres artistes comme Modigliani, il n’avait pas la misère en héritage. Il était obsédé par le temps qui s’enfuit et la recherche des couleurs du monde, et par le corps nu de son épouse Marthe. En effet Bonnard n’a cessé de peintre son épouse Marthe, nue dans les baignoires, les chambres...Si bien qu’un écrivain a donné pour titre à sa biographie sur Marthe : « Elle par Bonnard était toujours nue » (Guy Gofette : Folio). Tout comme dans le livre de F. Cloarec : l’Indolente (Stock) qui relate une succession trèscompliquée.

Bonnard ne voulait pas peindre la vie, il voulait rendre vivante la peinture : « le charme d’une femme peut révéler beaucoup de choses à un artiste sur son art ». La perfection de ce corp si souvent peint faisait oublier les démons qui ravageaient l’âme de Marthe. Celle-ci a appris à survivre avec les affres de sa mélancolie, et ses origines restent un mystère. Bonnard l’accompagnera en sa dernière demeure, pauvre ou riche nul n’échappe à la fatigue de soi ou à la mélancolie. Les femmes, dans leur cabinet de toilettes restent pudiques même dans la nudité, c’est aussi l’un des talents du « célèbre regard « »de Bonnard. Ce regard sur le monde et les choses de la vie était si intense que Charles Terrasse neveu de Bonnard disait du regard de son oncle : les yeux de Bonnard parlent clair, d’abord ce regard, et aussi tout ce que l’on sent (…) une reflexion profonde qui frappe et vous gêne confusément…

Un commissaire d’une exposition sur Bonnard écrivait en 1975 : « qu’est-ce que le peintre, sinon celui dont le regard et
les songes reprennent l’oeuvre de Dieu dans la nature ».(Fondation Maeght 1975).
En passant devant le vieux pigeonnier resté en l’état, on ne peut s’empêcher de songer à Alfred Jarry qui venait y cuver son absinthe, trop ivre pour monter l’escalier de la villa. L’alcool est un masque pour les êtres fatigués, alors la recherche de la beauté. C’est une réponse à la laideur du monde et Bonnard disait : « tout a son moment de beauté ». Pierre Bonnard, même si il a eu une période « japonisante » n’a jamais cédé aux modes, le groupe des Nabis (prophètes) lui a ouvert plusieurs champs. Ses relations avec des peintres célèbres restaient courtoises et amicales, on songe bien sûr à Henri Matisse entre autres. Bonnard voulait explorer la couleur jusqu’aux extrêmes limites, il disait à Deauville en1937 : mais l’évolution fût plus rapide que nous. La société a accueillit le cubisme et le surréalisme avant que nous eussions atteint ce que nous avions considéré comme notre but… Nous nous trouvâmes suspendus dans
l’espace en quelque sorte.

La maison dite : Le Clos continue de vivre, c’est la demeure d’un homme qui disait aussi : « on parle toujours de la soumission devant la nature. Il y a aussi la soumission devant un tableau».

Pierre Bonnard voulait que ses oeuvres restent dans l’histoire, mais l’histoire de l’art est restée fidèle à Bonnard malgré tout, en répondant à son espoir, qu’il formulait en ces termes : « j’espère que ma peinture tiendra, sans craquelures. Je voudrais arriver devant les jeunes peintres de l’an 2000 avec des ailes de papillon ».

Pierre Bonnard est décédé au Cannet le 23 janvier 1947 ou il est enterré.

Ses parents occupent une tombe dans le cimetière du Grand Lemps.

 

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